LES BONUS SUR LA SELLETTE
Les banquiers sont de nouveau convoqués aujourd’hui à l'Élysée. D’aucuns spéculent sur la réelle volonté du pouvoir exécutif de mettre fin à des pratiques toujours en cours. Mais, pour FO, «c’est une énième opération de com’».
Les représentants des banques françaises sont convoqués aujourd’hui à l’Élysée. Ce sera la septième fois cette année qu’ils y seront amenés à s’expliquer sur la distribution à tout va des bonus à leurs traders. Selon une source proche du dossier citée par l’AFP, le Chef de l’État, Nicolas Sarkozy, serait désormais déterminé à les «secouer» car «il est énervé» par les banques qui n’ont pas rompu avec les pratiques d’avant la crise, malgré leurs piètres engagements une fois empochés des milliards d’aides publiques. Cette énième réunion à l'Elysée avait été annoncée à la suite de la polémique provoquée début août par la révélation d’une décision de BNP Paribas de provisionner pas moins d’un milliard d'euros pour ses équipes de traders (voir notre article du 10 août 2009). Les spéculations vont aujourd’hui bon train sur les demandes éventuelles que pourrait formuler M. Sarkozy.
De là à faire trembler les banques, rien n’est moins sûr, comme le relève Sébastien Busiris (FO-Banques). Pour lui, «la mascarade a toutes les chances de continuer tant tout cela s’apparente à une nouvelle opération de com’ en direction d’une opinion publique choquée par la valse des milliards et du commun des salariés des banques, dont la progression des rémunérations (environ de 2% en moyenne par an) est restée, elle, bloquée depuis des lustres au minimum, et ce sans compter le gel de embauches depuis deux ans». Les résultats de la «réunion préparatoire» qui s’est déroulée lundi matin à Bercy confirme ses craintes. La ministre de l'Économie Christine Lagarde avait tenu à recevoir les principaux acteurs du dossier que sont notamment le président de la Fédération bancaire française (FBF) Georges Pauget, le directeur général de BNP Paribas Baudouin Prot, qui lui succèdera début septembre, ainsi que des représentants de la Banque de France et de la Commission bancaire.
Personne n'a fait officiellement de commentaire à l'issue de cette réunion au cours de laquelle Mme Lagarde devait demander aux banques d’aller «plus loin» que les dispositions actuellement en place. Mais d’aucuns ont rapporté que les banquiers seraient restés opposés à tout plafonnement des bonus. Ils souhaiteraient uniquement préciser les engagements qu’ils avaient (déjà) pris en février dernier. Par ailleurs, ils seraient prêts à accepter le «renforcement» l'information des comités des rémunérations et des conseils d'administration des établissements. Histoire, selon eux, d’asseoir le pouvoir de contrôle de ces deux instances en matière de rémunérations variables.
Pour Sébastien Busiris, «ce ne serait là qu’un coup d’épée dans l’eau, alors qu’il faudrait durcir les conditions d’octroi de ces bonus mirobolants volant au dessus d’une économie réelle toujours autant malmenée par la crise». Mais, pour cela, comme l’a souligné aujourd’hui au Figaro, le secrétaire général de FO, Jean-Claude Mailly, après avoir renfloué les banques «l’État (…) aurait dû aller jusqu’au bout en rentrant dans leur capital et siéger dans leurs conseils d’administration» si le gouvernement voulait vraiment imposer «suffisamment de contreparties aux aides qu’il a accordées». Pour mettre un terme au scandale des bonus, le leader de FO propose plusieurs pistes : «les supprimer, les taxer (ou) les limiter». Et ça, on l’a vu, les banquiers s’y refusent toujours en dépit des rodomontades du pouvoir exécutif.